C’est par le plus grand des hasards que mes pas me guidèrent sur le bord de la plage. Le soleil se levait. Il y faisait bon. L’air était doux. La mer calme. Le clapotis des vagues murmurait à mes oreilles cet air si doux et particulier. Je me laissais aller à quelques flâneries. J’écoutais les vagues et leur chanson. Un petit bruit, tout à coup attirât mon attention. Ce son très particulier que fait un objet creux lorsqu’il tapote avec régularité. J’essayais d’en détourner mon attention. Mais rien n’y fit. Il devint mon obsession du moment. Très vite il prit la place de toutes mes flâneries. Chaque fois, qu’il se répétait, c’était comme un appel au secours. Tant et si bien, que pour arrêter se supplice futile, je me mis à chercher sa provenance. Je ralentis ma respiration.  Me figea. Ferma les yeux et analysa ce son. Il me fallu très peu de temps pour le localiser. Il venait de ma droite. Il provenait de ce petit groupe de rochers. D’un bond je me levais et m’y dirigea. J’avais vu juste. Plus je m’en approchais. Plus le son devenait distinct et précis. C’était ca. Le son d’un récipient vide. Une bouteille plus précisément. Une bouteille piégée entre deux rochers et dont le son m’obséda. Un sourire me vint, à l’idée que je m’étais sans doute emballé pour pas grand chose, d’autant que ce matin là, j’avais prévu autre chose que de nettoyer la plage. La bouteille était là. Elle se laissait bercer par les vagues et en profitait pour délivrer sa douce musique matinale. Elle était fermée d’un bouchon de liège. Son verre  poli par le temps passé à se faire malmener au grès de la mer. Je la trouvais belle. Le verre poli et opaque laissait entrevoir par son irrégularité qu’elle refermait quelque chose. C’est la curiosité qui me décida à la sortir de son élément. Sous mes doigts je sentais les fines aspérités que laissaient transparaître ses contours. Cette information me laissa envisager, qu’elle était là, depuis longtemps. A la regarder de plus près elle me parue familière. Je l’examiné sous tous ses angles. Quelque chose attira mon attention. Je la rapprochais de mes yeux pour voir ce qu’elle contenait. Je devinais comme une lettre et une photo. Ce qu’elle enfermait, m’emplie de joie. Je n’en croyais pas mes yeux. J’avais dans mes mains une bouteille. Avec un message. Avec une photo. Bien sur je ne pu me retenir plus de l’ouvrir. Alors, au moment même ou mon pouce et mon index se retrouvèrent autour du bouchon pour libérer le message, un souvenir m’envahit. Oui comme une évidence qui vous saute à la figure. Le souvenir d’une bouteille qu’un garçon de 20 ans avait jette 20 ans auparavant. Ce garçon c’était moi. C’était ma bouteille. Dans ma tête mes sentiments devenaient confus. Je me souvenais exactement de ce mot, écrit un soir de tristesse. De cette photo volée à l’amour de ma vie. Je me souviens de la détresse qui m’avait poussé à faire ce geste. Un sentiment doux amer, comme celui de ces bonbons acidulés que l’on aime parce qu’ils vous font du bien par leur douceur, mais vous titille les papilles par leur acidités. Ce mot d’amour je l’avais écrit un soir ou je venais de me rendre à l’évidence qu’elle ne m’aimerait jamais. Pour je ne sais qu’elle raison j’avais cru  bon jeter une bouteiller à la mer. Son doux visage sur cette photo. Je le revois encore. Elle avait 19 ans, elle en aimait un autre. A quoi bon l’ouvrir. Je savais ce qu’elle contenait. Tout me revenait en mémoire. La douceur de cette fille. L’espérance d’un amour à ses cotes. Ces mots d’amour qui lui étaient destinés. Son souvenir  si bon que j’en avais du mal à penser que vingt années s’étaient écoulées. Ce souvenir c’était elle. Je l’ouvris presque machinalement. Je cru à ce geste, que la bouteille libérerait, quelques effluves de je ne sais quel parfums. Comme si j’espérais qu’elle eut emprisonné le temps. Au contraire une odeur presque mauvaise en sortit. J’approchais le goulot de mes narines. Mais rien n’y fit. L’odeur était forte, à la limite du supportable. Je la retournais pour libérer sa contenance. Là, tombait à mes pieds son contenu. Il me surprit par son aspect. Je pris cette lettre que j’avais écrites deux décennies auparavant. Je mis dans une poche cette photo sans la regarder en me promettant de la sortir une fois lecture achevée. Mes mots étaient naïfs, à la limite du supportable. Cela me vint rapidement insupportable de me rendre compte à quel point, j’avais besoin de rêver. Sans doute, plus besoin de rêver que d’aimer. Mon écriture ressemblait presque à celle d’un enfant. Mes mots me firent honte à l’idée qu’une tierce personne les lisent. Je la survolais. Comme promis, je pris la photo et la regarda. Cette fille dont je croyais me souvenir me surpris. Par sa jeunesse. Par ses traits, qui ne correspondaient plus à mes critères de beauté de l’homme que je devins. Puis une évidence me vint à l’esprit. Cette fille sur cette photo, qu’est-elle devenue ? Forcement tout comme moi, le temps aura fait son travail. Le temps aura façonné son visage, meurtrit son corps et son âme. Je pris la bouteille, la projeta contre un rocher. La brisa. Le papier finit en confettis qui s’envolèrent au grès du vent. La photo comme par respect finit par terre. Je ne pu me résoudra à la déchirer. Je n’avais pas le droit. J’avais vingt ans lorsque je lançais cette bouteille à la mer. Elle contenait tout, ce que je pensais être moi. Je ne l’avais jamais oublié. Elle était enfouie en moi comme un trésor. Son souvenir qui revenait parfois lorsque ma vie me jouait des tours me réconfortait. Puis la vie, me la rendit. Son souvenir était plus beau que ce qu’elle contenait. Cette bouteille à la mer devint une bouteille l’amer.